Bois transformé : La peur de devenir spectateur

L’industrie du bois transformé craint d’assister à la reprise de la construction au pays de Donald Trump dorénavant comme spectateur. En raison du manque de main-d’oeuvre, plusieurs compagnies ont été contraintes de refuser des contrats au cours des derniers mois.

Une situation qui inquiète l’organisme BOCA, qui aide les entreprises manufacturières du secteur de la transformation du bois en Chaudière-Appalaches à être plus compétitives sur les marchés locaux et internationaux.

La direction se dit actuellement à la recherche de solutions pour enrayer la problématique de la rareté de la main-d’oeuvre. Elle estime qu’une partie de la réponse passe par l’immigration, la robotisation et l’automatisation.

«Dans le secteur des matériaux de construction, il y a une forte demande [des États-Unis] et les entreprises peinent à y répondre. Certaines perdent même des contrats», déplore au Soleil Lise Céré, directrice générale chez BOCA, incapable toutefois de chiffrer le montant des pertes. «On parle de millions de dollars!»

Elle précise que plusieurs patrons de la Rive-Sud de Québec lui ont confié qu’ils pourraient ajouter un quart de travail supplémentaire s’ils avaient les paires de bras nécessaires. Et les carnets de commandes ne dérougissent pas.

Il faut dire que l’industrie du bois transformé — armoires, planchers, portes, fenêtres, fermes de toit et n’est pas frappée par les droits compensatoires et antidumping imposés aux exportations canadiennes par les États-Unis.

La force du dollar de l’Oncle Sam par rapport à celle du huard canadien a aussi un impact. Le taux de change fait du Québec un territoire plus alléchant pour les promoteurs de l’est des États-Unis.

«Durant dix ans, il y a eu une importante crise immobilière aux États-Unis. Depuis environ trois ans, on voit une reprise graduelle. Ce n’est pas une énorme croissance, mais elle est constante», explique Mme Céré. «Ce pic de la demande entraîne une pression sur l’emploi, c’est vrai dans le secteur de la transformation du bois et aussi partout au Québec, nous sommes dans une véritable pénurie de main-d’oeuvre», poursuit-elle.

Cette dernière rappelle qu’en raison des coûts de transport de certains produits, plusieurs transformateurs, entre autres, de poutrelles, de fermes de toit ou de panneaux muraux, ont des «limites géographiques» pour demeurer compétitifs. D’où l’importance d’un marché comme les États-Unis et de répondre rapidement à la demande.

« Dans le secteur des matériaux de construction, il y a une forte demande [des États-Unis] et les entreprises peinent à répondre. Certaines perdent même des contrats »

— Lise Céré, directrice générale chez BOCA

Investissements

Le fait que les dernières années ont été plutôt salutaires pour les transformateurs de bois du Québec permet toutefois à certaines entreprises d’avoir aujourd’hui la liquidité nécessaire dans leur coffre pour réaliser des investissements visant à augmenter leur productivité. Certains joueurs sont parvenus à aplanir en partie les effets du manque de main-d’oeuvre.

«Ce n’est pas toujours des investissements pour ajouter de nouvelles lignes de production. Il y a aussi des sous pour changer la machinerie en place ou pour acquérir de nouvelles technologies. Il y a également des compagnies qui se sont lancées dans de nouveaux segments de marché afin de diversifier leur portefeuille», énumère au bout du fil la directrice générale, estimant que les entreprises de la région n’accusent aucun retard d’un point de vue technologique face à leurs rivaux.

D’ailleurs, afin d’aider les transformateurs de Chaudière-Appalaches, BOCA a organisé au cours des dernières années plusieurs missions à l’étranger, notamment dans des foires technologiques en Allemagne, en Autriche et aux États-Unis.

L’objectif de ces voyages à l’étranger n’était pas pour décrocher de nouveaux contrats, mais bien pour jauger la compétition, pour développer des partenariats d’affaires et pour dénicher au passage quelques nouvelles technologies.

Source : Gilbert Leduc et Jean-Michel Genois Gagnon, Le Soleil