Déforestation et exploitation forestière : une méconnaissance des concepts

Avec plus de 760 000 kilomètres carrés de forêt répartis sur le territoire du Québec et près de 60 000 emplois directs liés au milieu forestier, il est normal de présumer que la culture forestière est présente dans le discours des Québécois. Pourtant, il persiste une méconnaissance importante des concepts entourant l’aménagement de nos forêts chez une grande proportion de la population. Comme bien des choses ont changé au cours des 20 dernières années et que la vision qui entoure l’aménagement forestier au Québec a évolué, une mise au point de certaines notions s’impose.

Travaux forestiers: pas synonyme de déforestation

La population confond régulièrement– à tort –l’exploitation forestière et la déforestation. Il s’agit en fait de deux concepts fondamentalement opposés. La déforestation réfère à l’action de modifier la vocation de la forêt pour en modifier l’utilisation, tandis que l’exploitation forestière veut assurer la pérennité de la forêt.

Le terme déforestation fait souvent référence au concept tel qu’on le connaît sur le plan international : des images-chocs de la destruction des forêts tropicales humides de l’Amazonie, défrichées pour créer des pâturages afin de répondre aux besoins soutenus de l’industrie bovine. Dans le contexte québécois, la déforestation s’observe lors-qu’on coupe des forêts en bordure des villes pour développer de nouveaux quartiers d’habitation ou construire de mégacentres commerciaux. Dans tous ces cas, la coupe de la forêt modifie l’utilisation du territoire. Il ne s’agit donc pas d’aménagement forestier et encore moins d’aménagement durable des forêts.

Contrairement à la déforestation, l’exploitation forestière veut assurer la pérennité de la forêt. Au Québec, on cherche à engendrer une durabilité dans les pratiques forestières, et ce, pour plusieurs raisons économiques, sociales et environnementales. Tout d’abord, il faut savoir que l’ensemble des activités effectuées en forêt au Québec est encadré par une loi vouée à l’aménagement durable du territoire. En effet, le nouveau régime forestier du Québec est fondé sur l’aménagement écosystémique; une approche qui considère les forêts comme des écosystèmes. Cette approche s’inspire des forêts naturelles et du cycle des perturbations pour guider la planification des travaux. Aussi, on estime que près de 210 communautés au Québec dépendent, à divers degrés, de la forêt pour leur survie. Pour le bénéfice des générations futures, il est donc essentiel d’assurer le maintien et la productivité de la forêt. On fait ici référence à l’exploitation forestière.

Une meilleure connaissance de nos forêts pour un aménagement durable

Le travail du technologue forestier consiste à se rendre sur le terrain pour procéder à un inventaire détaillé de l’écosystème préalablement à chaque coupe forestière. L’objectif de cet inventaire est simple : avoir un portrait précis de la composition de la forêt et de sa structure, de manière à bien planifier les travaux de récolte. Plusieurs outils technologiques tels que l’analyse d’images en trois dimensions, construites à partir de photos aériennes numériques et de LIDAR (light detection and ranging), sont aussi utilisés pour augmenter la précision dans la planification. Les types d’essences forestières présents, la densité de la forêt, ainsi que la présence ou non de jeunes arbres pour assurer une succession sont tous des renseignements qui influencent le choix des opérations qui seront effectuées. Ainsi, selon les données recueillies, les aménagistes forestiers ont accès à une panoplie d’outils sylvicoles leur permettant d’atteindre différents objectifs, concernant autant la récolte de bois que la croissance de la forêt.

Régénération naturelle ou reboisement ?

Au Québec, la régénération naturelle est une priorité et environ 80% des forêts se régénèrent naturellement après une coupe. Le reboisement est donc utilisé seulement lorsque cela s’avère nécessaire.

Généralement, la forêt se charge d’établir elle-même sa succession par la régénération. Dans ce cas, il est possible, en respectant plusieurs modalités, de procéder à la coupe de l’ensemble des arbres matures tout en protégeant les plus jeunes arbres. Ce type de traitement assure le retour rapide d’une forêt naturelle, sans nécessiter de grands investissements sylvicoles.

« Contrairement à la déforestation, l’exploitation forestière veut assurer la pérennité de la forêt. » Jean-Philippe Guay

Parfois, la forêt, même à maturité, n’a pas été en mesure d’assurer sa régénération. Dans ce cas, un sylviculteur peut lui donner un coup de pouce en utilisant les bons traitements. Par exemple, la coupe partielle d’arbres matures crée de petites ouvertures dans la forêt. En laissant davantage de lumière toucher le sol, il est possible de stimuler la forêt pour qu’elle favorise d’elle-même la croissance de jeunes arbres.

Toutefois, pour certains types de forêts, les sylviculteurs ont recours au reboisement. À ce moment, les arbres plantés sont sélectionnés de manière à correspondre aux essences qui étaient présentes naturellement sur le site. Bon an mal an, c’est environ 130 millions de plants forestiers qui sont mis en terre pour assurer la régénération complète de nos forêts.

Retenons qu’au Québec, là où il y a de l’aménagement forestier, il n’y a pas de déforestation et que, la majorité du temps, les forêts se régénèrent naturellement après la récolte des arbres.

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Jean-Philippe Guay, professeur au Département des technologies du bois et de la forêt du Cégep de Sainte-Foy. PHOTO: JEAN-PHILIPPE GUAY