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Fin des droits compensatoires sur le bois d’oeuvre

Les producteurs canadiens de bois d’oeuvre obtiennent un répit temporaire avec la fin des droits compensatoires préliminaires à la frontière américaine en attendant la décision finale du département américain du Commerce.

L’imposition de droits compensatoires préliminaires de 19,88 pour cent ayant officiellement pris fin samedi, la plupart des producteurs canadiens n’auront plus qu’à débourser un droit antidumping de 6,87 pour cent pour l’instant.

Cinq producteurs en particulier ont versé des droits d’entre 9,89 et 30,88 pour cent. Tous les autres devaient payer des droits de 26,75 pour cent.

Cet allégement sera en vigueur jusqu’à ce que le département américain du Commerce annonce les droits finaux. Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a indiqué lundi soir que cette décision viendra au plus tard le 14 novembre.

Dans un communiqué, M. Ross dit encore espérer pouvoir arriver à une «solution négociée qui satisferait toutes les parties». Ce report pourrait permettre «d’aborder les enjeux complexes dont il est question» et de parvenir à un «accord de suspension équitable et durable», ajoute-t-il.

Des analystes de l’industrie ont estimé que même si les droits compensatoires prenaient fin ces derniers jours, certains producteurs canadiens avaient été capables de livrer leurs produits au sud de la frontière sans payer les droits depuis le 14 août, en reportant le traitement de la paperasserie jusqu’à 10 jours.

Les prix du bois d’oeuvre, qui avaient grimpé en prévision de l’imposition des droits compensatoires, ont commencé à redescendre, notamment en raison de la baisse des taux.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a affirmé lundi que les droits déterminés par l’administration Trump nuisaient davantage aux Américains qu’aux Canadiens.

«Ceux qui souffrent actuellement, ce sont les consommateurs américains, qui veulent faire des rénovations ou construire des maisons. Ce sont eux qui ont à souffrir de l’impact de ces attitudes protectionnistes», a-t-il déclaré en point de presse à Charlottetown, en marge d’une rencontre des premiers ministres de l’Est du Canada et des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre.

«Je pense que ça va devenir de plus en plus apparent aux États-Unis que les emplois les plus menacés par cette politique-là, ce ne sont pas les emplois canadiens, ce sont les emplois américains dans de nombreux États, dont ceux qui étaient représentés aujourd’hui, et notamment dans le secteur de la construction.»

La part du marché américain du bois d’oeuvre détenue par le Canada a reculé à 23 pour cent en juillet, selon des rapports gouvernementaux canadiens mensuels.

En comparaison, elle était de 32 pour cent en septembre 2015, avant l’expiration de l’accord sur le bois d’oeuvre conclu en 2006.

Le Canada a livré pour 5,66 milliards $ US de bois d’oeuvre aux États-Unis l’an dernier.

Le prix dans l’Ouest était évalué à 398 $ US par mille pieds-planche, vendredi dernier, selon le Madison’s Lumber Reporter, qui surveille les prix. C’est une diminution de quatre pour cent par rapport aux 414 $ US enregistrés il y a un mois, mais une augmentation comparativement aux 330 $ US de l’année dernière.

Les prix du bois d’oeuvre sont généralement plus faibles à l’automne après la haute saison de la construction des maisons.

«C’est une période d’incertitude de dix jours à deux semaines. Ce sera intéressant de voir quel est le nouveau plancher maintenant», a souligné Keta Kosman, éditrice du Madison’s Lumber Reporter.

L’ouragan Harvey, qui a dévasté le Texas, et les incendies de forêt dans l’ouest du Canada pourraient avoir un impact sur les prix cette année.

Selon le Conference Board du Canada, l’imposition des droits compensatoires à leurs niveaux actuels pourrait coûter aux producteurs canadiens 1,7 milliard $ par année et faire perdre environ 2200 emplois jusqu’à la conclusion d’une entente.

Les pouparlers sur le bois d’oeuvre semblent avoir été relégués au second plan alors que les États-Unis ont initié la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) avec le Canada et le Mexique.

Source: Ross Marowits, La Presse canadienne. Photo: Paul Chiasson / La Presse Canadienne