La livrée des forêts

La livrée des forêts, Malacosoma disstria, est un insecte indigène de l’Amérique du Nord qui elle est largement répandu dans tout le continent. En fait, c’est l’un des insectes défoliateurs les plus connus. Au Canada, la livrée des forêts s’est fait remarquer dès les débuts de la colonie. La première invasion importante, relativement bien documentée, remonte à 1791.

Photo  – Chenille de livrée des forêts, parvenue à maturité.        

Depuis, des épidémies, parfois spectaculaires, ont été rapportées dans toutes les provinces, sauf à Terre-Neuve. D’après le relevé annuel des insectes et des maladies des arbres, que le Ministère on effectue depuis 1938, les forêts feuillues québécoises ont subi d’importantes invasions de livrées de 1930 à 1939, de 1949 à 1954, de 1965 à 1968, de 1978 à 1982 et de 1985 à 1995 et de 1999 à 2004

La livrée des forêts ne se reproduit qu’une fois par année. Les premières chenilles apparaissent au début du mois de mai, lors de l’étalement des feuilles du peuplier faux tremble, son hôte préféré (photo 2). Depuis leur apparition jusqu’à ce qu’elles atteignent leur maturité, vers la mi-juin, elles en dévorent le tendre feuillage avec avidité. Pendant ce temps, elles connaissent cinq mues larvaires.

Au fur et à mesure qu’elle se rapproche de sa taille maximale (environ 5 cm), la chenille devient de plus en plus velue et colorée. Une large bande bleue se dessine de chaque côté de son corps. Une rangée de taches blanches, en forme de trou de serrure, et de très fines stries longitudinales, de couleur orange, égaient son dos noir.

Pendant les quatrième et cinquième stades de leur vie larvaire, les chenilles de la livrée des forêts se mettent à la recherche de nouveaux sites à défolier et d’abris pour tisser leurs cocons. Elles se déplacent en hordes très serrées, souvent fort spectaculaires, et elles peuvent alors prendre l’allure d’un véritable fléau. On les trouve fréquemment près des habitations, dans les arbres d’ornementation et même dans les potagers (photos 4 et 5). Pendant leurs périodes de mue et les vagues de temps frais ou d’intempéries, les chenilles se regroupent en colonies très denses sur le tronc des arbres; elles offrent alors un spectacle saisissant (photos 6 et 7). Les chenilles de la livrée des forêts, contrairement à celles de sa « cousine », la livrée d’Amérique, ne se construisent pas de véritables « tentes » : elles tissent plutôt, à la surface des branches ou du tronc, une sorte de tapis de soie sous lequel elles peuvent se réfugier.

À la fin de leur développement larvaire, les chenilles se transforment en chrysalides dans des cocons jaunâtres individuels, souvent enrobés d’une feuille (photo 9). Dix jours plus tard, les papillons commencent à émerger. On les voit donc de la fin de juin jusqu’au mois d’août. Robustes, ils se parent d’une palette de couleurs allant du beige au brun chamois. Leurs ailes antérieures sont décorées d’une bande légèrement plus foncée (photo 10). Ils ne volent, ne s’accouplent et ne pondent que tard dans la soirée.

En juillet, les papillons femelles déposent leurs œufs (de 150 à 350) dans la cime des arbres. Un enduit collant, qui est sécrété par la femelle et qui finit par durcir et noircir, enrobe les œufs. Cette masse compacte forme une bague autour des jeunes rameaux (photo 11). Une fois devenue larves, celles-ci entrent en diapause hivernale.

Au Canada, la livrée des forêts a été observée sur 29 essences différentes, dont 27 sortes de feuillus. Cependant, ses hôtes préférés demeurent, en ordre décroissant, le peuplier faux tremble, le bouleau à papier, l’érable à sucre, les saules et le chêne rouge. L’érable rouge ne l’attire aucunement.

Les livrées des forêts peuvent, occasionnellement, défolier gravement, sinon complètement, leurs hôtes, et ce, sur de vastes territoires  Lors des invasions importantes, elles dévorent les feuilles et les fleurs de leurs hôtes et vont parfois même jusqu’à miner et détruire leurs bourgeons. Si elles se répètent, les défoliations graves affectent la croissance de l’arbre en diamètre. Ce dernier s’affaiblit considérablement et devient ainsi vulnérable aux insectes secondaires et aux maladies. Néanmoins, les arbres survivent généralement, même à plusieurs attaques consécutives. Dans certains cas, les sujets défoliés par des livrées réagissent temporairement et ils produisent une deuxième feuillaison au cours d’un même été. Ces arbres font appel aux bourgeons déjà formés pour le printemps suivant. Les deuxièmes feuilles sont toutefois plus petites et plus pâles que les premières.

Répression naturelle

Normalement, les parasites, les prédateurs (oiseaux, guêpes, araignées, fourmis), les maladies, la famine, les gelés printanières et les grands froids hivernaux maintiennent les populations de livrées des forêts à un niveau endémique. Même en période de pullulation, ces facteurs contribuent considérablement (jusqu’à 80 %) à réduire les populations. De plus, lors des infestations graves, une mouche parasite, Sarcophaga aldrichi Park, vient à la rescousse. Elle se manifeste souvent à la fin de la deuxième année d’épidémie. À cause de sa ressemblance avec les insectes piqueurs, cette mouche inoffensive inquiète parfois les humains. Des mythes plus ou moins rocambolesques entourent cet insecte qui pullule parfois près de nos habitations et qui aime se poser sur l’épiderme des humains, où il est sans doute attiré par la sueur. Cette mouche sarcophage est pourtant bénéfique, car c’est un parasite de la livrée des forêts et un agent de contrôle naturel extrêmement efficace. En effet, vers la fin de juin, elle dévore les pupes déjà formées dans les cocons (photo 15). Les larves de la livrée des forêts sont également décimées par des maladies virales (photo 16), bactériennes et fongiques (champignons).

Intervention et lutte

On peut recourir à divers traitements pour protéger les arbres d’ornementation, comme l’aspersion avec une eau additionnée de détergent à vaisselle (1 c. à thé par litre). L’insecticide biologique, Bacillus thuringiensis (B.t.), vendu sous diverses marques de commerce, est également efficace contre la livrée des forêts. L’insecte qui l’ingère meurt quelques jours plus tard. Le B.t. doit donc être appliqué très tôt au printemps, dès que le feuillage a atteint sa taille maximale, pour que l’insecticide se dépose sur une surface adéquate. Dans les peuplements de grande valeur (photo 12), on peut engager la lutte avec le B.t., si le relevé de la population d’œufs effectué à l’automne laisse présager des dégâts importants pour le printemps suivant.

Source MFFP