Lutte à l’agrile : Sherbrooke fait fausse route, selon un citoyen

Craignant d’être contraint à débourser des milliers de dollars en l’espace de quelques mois, un citoyen de Sherbrooke estime que la Ville fait fausse route avec « la lutte à l’insecte » qu’elle a entreprise contre l’agrile du frêne.

« La stratégie de la Ville n’est pas la bonne à mon avis, car elle repose sur des prémisses qui sont fausses, soit de croire que l’agrile peut être freiné à court terme », a mentionné Philippe Lebel lors de la période de questions du conseil municipal lundi.

Depuis six ans, le résident de l’arrondissement Fleurimont a planté une vingtaine d’arbres d’autres essences sur son terrain afin qu’ils remplacent éventuellement les frênes qu’il prévoyait faire abattre graduellement, une stratégie qu’il aimerait voir la Ville de Sherbrooke imiter pour préserver le « couvert forestier ».

« Pour moi, il faut surtout s’assurer qu’on ait encore un couvert forestier dans 5 à 10 ans, ou même l’augmenter », résume-t-il.

Philippe Lebel estime que la Ville de Sherbrooke n’emploie pas la bonne stratégie devant la menace de l’agrile du frêne. Photo : Radio-Canada
Celui qui est également biologiste de formation juge donc qu’il serait préférable que la Ville subventionne la plantation d’arbres de remplacement plutôt que dans une « lutte perdue d’avance ».

« On a décidé de lutter agressivement contre l’insecte spécifiquement, plutôt que d’accepter, même si je ne veux pas être alarmiste, que les frênes vont disparaître du paysage à assez court terme », prévient Philippe Lebel.

Des factures salées

L’agrile du frêne a été recensé pour la première fois en octobre dernier sur le territoire de Sherbrooke. Depuis, la Ville a adopté un plan d’action estimé à 5,7 millions de dollars dans le but de freiner la propagation de l’insecte.

Pour le moment, il est interdit d’abattre un arbre sain sur le territoire de Sherbrooke. Le règlement stipule toutefois que les propriétaires de frênes se trouvant à l’intérieur de 300 mètres d’un arbre infesté par l’agrile auront 30 jours pour décider s’ils traitent leurs frênes au Treeazin ou s’ils seront abattus, une situation qui pourra mettre en péril les finances de plusieurs ménages, dont le sien, estime Philippe Lebel.

« J’en ai 14 sur mon terrain… c’est 14 000 $ pour ma propriété pour les abattre. Ce n’est pas possible pour aucun ménage de faire ça, a-t-il fait valoir. Et il y en a qui ont 20, 40, voire 60 frênes sur leur terrain. Et le Treeazin, ce n’est pas une solution à long terme. »

Dépenser 14 000 $ sur 10 ans et dépenser 14 000 $ en un an, ce n’est pas la même chose mentionne Philippe Lebel.
Environ 12 000 frênes se trouveraient sur des terrains privés à Sherbrooke en plus des quelque 2500 enracinés sur des terrains publics. Selon les données de la Ville, six frênes, tous situés dans le district du Carrefour, seraient infestés actuellement.

La conseillère Évelyne Beaudin est d’avis qu’il faut assouplir le règlement.

« Tous les foyers d’infestation actuels sont dans mon ditrict. une citoyenne me disait qu’elle a 40 frênes sur son terrain. Je suis en faveur d’une plus grande flexibilité par rapport à ce règlement-là. On est supposé en rediscuter, mais oui, on devrait faire preuve de plus de flexibilité, parce que certaines personnes vont rapidement se retrouver avec une facture salée », a-t-elle déclaré.

Les gens en dehors des zones d’infestation sont obligés d’attendre avant de pouvoir l’abattre. Pendant ce temps, l’arbre grossit et plus il grossit, plus c’est cher l’abattre ou le traiter. On a fait le meilleur règlement possible, mais là il faut voir comment on peut être plus flexible », ajoute Mme Beaudin.

Le maire de Sherbrooke Steve Lussier, s’est également montré ouvert à la discussion.

« Je vais voir les règlementations qu’il y a dans les autres villes aux alentours. C’est tout à fait normal que je me penche sur ce dossier. »

Source: Charles Beaudoin, R.C. Photo : Associated Press/Département des ressources naturelles du Minnesota