Revaloriser le bois « mal-aimé » de nos forêts

Québec s’est fixé des cibles ambitieuses en matière de lutte contre les changements climatiques dans sa politique de transition énergétique. Pour atteindre ses objectifs, la province compte sur ses ressources forestières. Un défi qui demande de revoir complètement le potentiel économique de nos forêts.
Seule une partie de la forêt est exploitée : on coupe les arbres principalement pour le bois de sciage et on utilise les résidus pour produire de la pâte à papier. Mais la majorité de la ressource forestière est laissée sur place.

Ce sont parfois des espèces inintéressantes, comme c’est le cas pour le hêtre et le bouleau blanc. D’autres fois, le bois ne respecte tout simplement pas les normes de qualité; il est trop sec, trop petit, fissuré, pourri ou encore atteint par des champignons ou des insectes.

Cette catégorie peu attrayante pour l’industrie est surnommée le « bois mal-aimé ».

L’ingénieure forestière Évelyne Thiffault, du Centre de recherche sur les matériaux renouvelables de l’Université Laval: Depuis toujours, ces arbres, ou parties d’arbres, en abondance dans nos forêts sont volontairement oubliés, relate l’ingénieure forestière Évelyne Thiffault.

« Mais vu qu’on en a une abondance et que l’on comprend de plus en plus l’importance des produits du bois dans la lutte contre les changements climatiques, on se met à les regarder différemment pour voir si on est capable de les valoriser pour en faire différents produits », ajoute-t-elle.

Opération séduction

Au Centre de recherche sur les matériaux renouvelables de l’Université Laval, on cherche au bois mal aimé des propriétés qui le rendront attrayant aux yeux de l’industrie. Il faut donc regarder le bois au-delà de ses propriétés physiques et mécaniques.

Il s’agit de regarder les propriétés qui ne nous intéressaient pas avant pour voir les compositions chimiques en cellulose, par exemple, ou le pouvoir calorifique qui va nous permettre d’en faire des sources d’énergie.

Deux voies de valorisation se dessinent donc à l’horizon.

D’abord, celle des biocarburants liquides « qu’on pourrait mettre directement dans les autos ou en faire du carburant pour faire voler les avions », donne Évelyne Thiffault pour exemples.

Des panneaux de fibre de bois

Les particules de bois sont collées ensemble pour en faire des panneaux. Photo : Radio-Canada/Pier Gagné

La seconde voie de valorisation prend la forme de planches laminées et de panneaux qui sont, entre autres, fabriqués à partir d’un mélange de fibres de bois, de ciment et de cendre.

Dans ce cas, il faut prendre les particules de bois et les réduire, soit en fibre ou en très petites particules, afin de les coller ensemble pour en faire des panneaux. En fonction de leur densité et leurs propriétés, ces panneaux peuvent améliorer l’efficacité énergétique d’un bâtiment ou résister au feu ou même à la déformation causée par un tremblement de terre.

« En contrôlant très bien la grosseur des particules, la densité, le type de colle qu’on va utiliser pour coller ces particules-là, on peut en faire des matériaux innovants qui ont de multiples utilisations », confirme l’ingénieure Évelyne Thiffault.

Au-delà des enjeux environnementaux: Une forêt

L’exploitation du bois mal aimé ne veut pas dire de couper à blanc, mais plutôt de choisir judicieusement ce qu’on extrait de la forêt.  Tout comme pour l’industrie forestière, l’exploitation des bois mal-aimés s’accompagne d’enjeux écologiques et environnementaux.

Ce n’est pas une question d’aller tout récolter en forêt. Maintenant, on comprend de mieux en mieux ce qu’on peut aller récolter tout en en préservant une quantité suffisante en forêt pour préserver les sols, l’eau et la biodiversité.

Le Québec dispose déjà d’outils d’aménagement forestier, comme des normes d’intervention en fonction de sa sensibilité des lieux à la récolte. Or, cet inventaire convient parfaitement à la partie marchande de la ressource forestière, mais très peu pour le bois mal-aimé.

« Ça va nous demander d’adapter nos techniques d’inventaire forestier pour mesurer, caractériser, qualifier les arbres et les parties d’arbre qu’on ignorait, qu’on laissait de côté, et donc qu’on n’inventoriait pas historiquement », convient Évelyne Thiffault.

L’industrie des pâtes et papiers vit des moments difficiles. Certains voient donc dans la valorisation du bois mal-aimé un espoir pour l’avenir.

Source: Danny Lemieux. R.C.